Les heures passèrent. Le chiot, qui n’avait pas cessé de regarder sa mère durant tout le trajet, dormait maintenant par intermittence, épuisé.
Son pelage était rêche, son ventre creux, et pourtant, même endormi, il semblait sur ses gardes. À chaque mouvement de sa mère, il se réveillait. Ce lien m’a fait penser à toutes ces fois où nous, humains, disons « je n’y arrive pas » et abandonnons. Mais cette minuscule créature n’avait pas accepté la défaite. Elle avait cherché de l’aide… et avait eu l’audace d’en demander à quiconque voulait bien l’écouter.
À l’aube, la chienne ouvrit plus clairement les yeux. Elle ne se leva pas, mais regarda autour d’elle, comme pour se repérer. En voyant le chiot, elle laissa échapper un long soupir et posa sa tête sur lui. Le petit émit un son qui n’était ni un aboiement ni un gémissement ; c’était un pur soulagement, comme si tout son corps était libéré d’un poids. Je reculai un instant, car mes yeux me brûlaient. Je ne voulais pas que l’on me voie pleurer pour « un chien », comme disent certains, sans rien comprendre.
Les jours suivants, l’histoire se répandit dans toute la ville. Vous savez comment ça se passe dans les petits villages : quelqu’un a vu la voiture de patrouille arrêtée, quelqu’un l’a entendue à la radio, quelqu’un connaissait le vétérinaire. Et soudain, ce qui avait commencé comme un sauvetage discret devint le sujet de conversation de la boulangerie, du marché, du coin de la rue. Mais ce n’était pas des ragots ; c’était une prise de conscience.
Une femme a apporté des couvertures. Un garçon a laissé un sac de nourriture. Un voisin a offert un abri temporaire dans son jardin. Et moi, qui ai toujours pensé que « les gens ne se soucient plus de rien », j’ai vu quelque chose qui m’a un peu réconciliée avec le monde : quand l’histoire est réelle et la douleur visible, cette étincelle de solidarité subsiste.
La chienne s’est rétablie lentement. On lui a administré des antibiotiques, nettoyé ses petites plaies et effectué des analyses. Ce n’était pas une guérison miraculeuse comme dans un film, mais une guérison à l’image de la vie : progressive, avec des jours meilleurs et des jours de rechute. Mais le chiot… le chiot était sa force. À chaque fois qu’elle faiblissait, il se plaçait devant elle, la léchait, se blottissait contre sa poitrine, comme pour lui dire : « Je n’ai pas abandonné là-bas. N’abandonne pas ici non plus. »
Un vendredi, le vétérinaire nous a appelés.
